Par Penny Johnson, auteur collaborateur

Fondateur du Quatuor à cordes de Montréal (1955-1963), premier violon de l’Orchestre symphonique de Montréal, compositeur de renom et professeur au Conservatoire de McGill et au Conservatoire de musique du Québec à Montréal, Otto Joachim restera longtemps dans les mémoires pour sa contribution à la musique canadienne. Joachim, qui a collaboré à plusieurs reprises avec Glenn Gould dans les années 1950, est décédé le 30 juillet 2010 à l’Hôpital général juif de Montréal. Il avait quatre-vingt-dix-neuf ans.

Né à Düsseldorf, en Allemagne, en 1910, Joachim a fui les nazis dans les années 1930. Il a ensuite passé quinze ans à Singapour et à Shanghai, où il a travaillé comme musicien. En 1949, Joachim est arrivé à Montréal, où il est resté jusqu’à la fin de sa vie, bien qu’il ait prévu de partir pour le Brésil, et où il a été naturalisé en 1957.

C’est au milieu des années 1950 que l’altiste Joachim a commencé à travailler avec Glenn Gould. En 1956, Joachim et le tout nouveau Quatuor à cordes de Montréal (fondé un an plus tôt, en 1955, et composé des violonistes Mildred Goodman et Hyman Bress, et du violoncelliste Walter Joachim, frère d’Otto) ont donné la première interprétation du Quatuor à cordes opus 1 de Gould. L’interprétation a eu lieu à Montréal le 21 mai, dans le cadre de la série Premières du réseau radiophonique français de la CBC. Dans son livre Glenn Gould : A Life and Variations, Otto Friedrich écrit que l’interprétation  » a incité Marvel Valois de La Presse à faire de grands éloges : « Sérieuse, d’une grande inspiration, pensive plutôt qu’animée, baignée d’une couleur discrète et légèrement attristée, l’œuvre […] est d’un intérêt extraordinaire » « .

La relation de Gould avec Joachim et le Quatuor à cordes de Montréal s’est poursuivie en août 1957, lorsque les deux musiciens ont uni leurs efforts pour interpréter le Quintette avec piano en fa mineur, op. 34, de Brahms. L’interprétation a eu lieu au Festival de Montréal et a été enregistrée par la suite par la CBC.

Au cours des cinq décennies suivantes, Joachim a concentré son énergie sur la composition, se taillant une place respectée en tant que compositeur d’œuvres aléatoires et électroacoustiques. Sa musique a été jouée par les orchestres symphoniques de Montréal, Toronto, Boston et Chicago, et on se souvient de lui pour des compositions telles que Katimavik (une pièce électronique commandée par le pavillon canadien de l’Expo 67), Stimulus à Goad (1973), Uraufführung (1977) et Stacheldraht (1994).

Récipiendaire du Prix de musique Calixa-Lavallée de la Société St-Jean-Baptiste en 1990, Joachim a été nommé membre de l’Ordre du Québec en 1993. L’Université Concordia de Montréal a donné le nom de Joachim à une résidence de compositeurs et à une commande de musique électronique.