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Grâce à ses multiples travaux artistiques et à son activisme public, Mme Obomsawin a été l’un des défenseurs les plus passionnés et les plus visibles des peuples indigènes du Canada. Elle est une documentariste de renom, et sa production prolifique et internationalement acclamée pour l’Office national du film, qui s’étend sur près de cinquante ans, a abordé un large éventail de thèmes et de questions concernant les peuples autochtones du Canada. Elle a également mené une longue carrière d’auteur-compositeur-interprète et d’artiste visuelle consacrée à la narration d’histoires autochtones.

Vie et carrière

Membre de la nation abénaquise, Obomsawin est née près de Lebanon, dans le New Hampshire, mais sa famille est retournée dans la réserve d’Odanak, près de Sorel, au Québec, lorsqu’elle avait six mois. C’est là qu’elle apprend l’histoire, les légendes et les chansons abénaquises, et elle se souviendra de son séjour dans la réserve comme d’un moment idyllique. À l’âge de neuf ans, sa famille déménage à Trois-Rivières. La transition est difficile, le père d’Obomsawin meurt trois ans plus tard, et elle se rebelle contre l’intimidation et l’eurocentrisme qu’elle rencontre à l’école, ce qui l’incite à devenir une artiste qui raconte des histoires autochtones. Elle quitte Trois-Rivières à l’âge de 22 ans, passe deux ans à apprendre l’anglais en Floride, puis, à la fin des années 1950, s’installe à Montréal, où elle vit toujours.

En 1960, Obomsawin fait ses débuts de chanteuse à New York. Elle se produit ensuite dans des réserves, des écoles, des prisons, des musées, des festivals et à la télévision. En concert, elle chante des chansons aborigènes traditionnelles et d’autres répertoires en s’accompagnant elle-même d’un tambour à main ou d’un hochet, et raconte des histoires en plusieurs langues. Son album Bush Lady, sorti en 1988, composé de chansons traditionnelles abénaquises et de compositions originales, offre une introduction à son style musical. Alors que sa carrière de cinéaste prend son essor, elle continue à chanter en Amérique du Nord et en Europe. Elle a coordonné la programmation autochtone du Mariposa Folk Festival (1970-76) et est apparue pendant plusieurs années dans les années 1970 dans la version canadienne de Sesame Street. Elle s’est retirée des concerts au milieu des années 1980, mais a fait un retour remarqué en 2017, à l’âge de 85 ans, en chantant Bush Lady dans son intégralité lors d’un festival aux Pays-Bas.

« Lorsque le dernier arbre sera abattu, le dernier poisson pêché et la dernière rivière polluée, lorsque l’air respiré deviendra nauséabond, vous comprendrez, trop tard, que la richesse ne se trouve pas sur les comptes en banque et que l’argent ne se mange pas.

– Alanis Obomsawin

En 1966, Obomsawin était déjà suffisamment connue en tant qu’activiste pour justifier un profil dans la série télévisée Telescope de la CBC, sur la base de laquelle elle a été engagée par l’Office national du film (ONF) en tant que consultante pour des projets relatifs aux peuples autochtones. En 1971, elle réalise son premier film, Christmas at Moose Factory, et en 1977, elle devient membre permanent du personnel de l’ONF et réalise son premier long métrage, Mother of Many Children, qui traite de la place centrale des femmes et des mères dans les cultures indigènes. À ce jour, elle a réalisé plus de cinquante films (principalement des documentaires) pour l’ONF, généralement en tant que productrice et scénariste, ce qui lui a valu une reconnaissance nationale et internationale. Ses films associent de manière unique les traditions orales indigènes aux techniques du cinéma documentaire.

Les films d’Obomsawin ont abordé un large éventail de sujets, notamment les artistes autochtones (Amisk, 1977), les droits de pêche (Incident at Restigouche, 1984 ; Is the Crown at War with Us ? 2002), les luttes des jeunes autochtones (Richard Cardinal, 1986 ; Poundmaker’s Lodge, 1987), les sans-abri autochtones à Montréal (No Address, 1988), les droits des peuples autochtones à gérer les ressources naturelles sur les terres ancestrales (Our Nationhood, 2003), et sa propre « expérience horrible » de l’école publique (When All the Leaves are Gone, 2010). Elle a réalisé une série de films sur l’impasse entre les Mohawks et le gouvernement à Oka en 1990, dont Kanehsatake : 270 Years of Resistance (1993), son œuvre la plus connue. Elle a réalisé deux films sur les habitants d’Odanak (Waban-Aki, 2006 ; Gene Boy Came Home, 2007) et a raconté l’histoire d’individus (My Name Is Kahentiiosta, 1995 ; Spudwrench, 1997 ; Professor Norman Cornett, 2009). Elle a également réalisé deux films pour la série Canada Vignettes de l’ONF : The Wild Rice Harvest, Kenora (1979) et June in Povungnituk (1980).

« Une grande partie de l’histoire peut être perdue si personne ne la raconte, alors c’est ce que je fais. Je raconte les histoires.
C’est ma façon de lutter pour le changement social ».

– Alanis Obomsawin

Mme Obomsawin a continué à réaliser des films jusqu’à l’âge de 80 ans, notamment The People of the Kattawapiskak River (2012), sur la crise du logement dans la nation Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario ; Hi-Ho Mistahey ! (2013), sur une initiative d’éducation indigène ; Trick or Treaty ? (2014), sur les luttes des dirigeants indigènes négociant avec le gouvernement fédéral ; We Can’t Make the Same Mistake Twice (2016), sur une plainte pour violation des droits de l’homme alléguant une discrimination du gouvernement fédéral à l’encontre des enfants indigènes ; Our People Will Be Healed (2017), sur un centre d’éducation cri au Manitoba ; et, plus récemment, Jordan River Anderson, The Messenger (2019), sur la lutte pour fournir aux enfants indigènes les mêmes services que ceux dont bénéficient les autres Canadiens.

Obomsawin est également une artiste visuelle prolifique, connue surtout pour ses gravures et ses estampes, qu’elle a exposées internationalement, notamment dans des rétrospectives au Museum of Modern Art de New York (2008) et au Musée des beaux-arts de Montréal (2019). Les images de mères et d’enfants sont prédominantes dans cette œuvre, qui s’inspire également d’esprits animaux, d’événements historiques et de ses propres rêves.

Obomsawin a siégé au conseil d’administration de nombreuses organisations, certaines consacrées au cinéma et à la radiodiffusion, dont l’ONF, le Réseau de télévision des peuples autochtones et PBS, d’autres comprenant le Conseil des Arts du Canada et le Foyer pour femmes autochtones de Montréal.


Regardez l’annonce d’Alanis Obomsawin en tant que 13e lauréate du prix Glenn Gould :